Technique

Parlons tout d'abord de la terre au Nigeria : l'argile y est abondante, souvent rouge, orangé ocré, plus rarement jaune. Elle contient des cailloux de granulométries diverses, avec une forte présence de latérite, de mica, d'ocre et de feldspath. Mélangée à l'eau, les artisans la préparaient sous forme de colombins prêts à être sculptés et éventuellement assemblés après cuisson. Il n'est pas rare, en effet, de trouver des troncs de statues avec des trous à la place des jambes ou des bras. Les membres, une fois façonnés et cuits, étaient ensuite réunis à la pièce principale.

• La terre

La terre présente une granulométrie diverse et montre de gros agrégats lorsque la pièce a été très érodée et très abrasée par les eaux ou le roulement, et donc lorsque son engobe a disparu.

En revanche, sur les pièces les mieux conservées, l'engobe est traité de telle belle façon qu'il donne l'impression d'un épiderme humain, avec un toucher doux et nacré comme la peau, au lissé parfaitement soyeux.

Certaines traces de polychromies sont également décelables, souvenirs d'un temps où les statues anthropomorphiques, grandeur nature pour certaines, rappelons-le, devaient être très réalistes et fortement colorées.

La terre avait d'autre part l'avantage de pouvoir être façonnée à mains nues, sans outils. Pour la cuisson, on avait depuis des millénaires l'expérience de la poterie utilitaire. Certaines oeuvres ont été séchées au soleil, d'autres, cuites dans les cendres d'un foyer ouvert, à 300° C environ, d'autres, enfin, à des températures plus élevées, donnant des parois plus durables. Les artisans qui ont travaillé aux alentours de Nok ont utilisé pour leurs figurines modelées la même matière que pour leurs poteries utilitaires : une argile à gros grains.

Certaines statues peuvent atteindre 1,20 mètre de haut et près de 50 kilos, ce qui suppose une excellente maîtrise des techniques de modelage comme de la cuisson en plein air. Comme beaucoup de statues sont creuses, le sculpteur a veillé à maintenir sur toute la pièce une égale épaisseur et a évidé les parties qui auraient pu exploser au feu.

• La cuisson

La technique de cuisson, compte tenu de la grandeur des pièces qui nous sont parvenues, prouve assez la grande expérience, le savoir-faire et le talent des artisans de l'époque. Car comment parvenir à cuire dans des fours ouverts ou fermés ces longues statuettes massives, certaines à l'échelle humaine, sans qu'elles n'explosent à la cuisson ? Les hommes de l'art avaient trouvé la solution en utilisant des branches d'arbre et des troncs comme noyau central de leurs sculptures. Sur ces âmes de bois, généralement recouvertes d'herbe, l'artiste modelait la terre assemblée sous forme de colombins et façonnait sa pièce à la main.

D'ailleurs, de nombreuses empreintes digitales et traces de doigts sont fixées à jamais dans le coeur des terres cuites, messages d'humanité encore visibles qui touchent le spectateur d'aujourd'hui. A la cuisson, le bois intérieur se consumait également en assurant une chaleur parfaitement répartie. Il ne s'agissait plus alors que de vider les cendres, le charbon de bois, la paille brûlée et la terre calcinée pour récupérer des statues colonne creuses, au poids allégé. Toutes proportions gardées, ce nettoyage déclenche encore aujourd'hui une émotion intense, à l'identique de l'ouverture d'un sarcophage égyptien, lorsqu'un geste du présent seconde une précaution d'autrefois.

Les hommes Nok possédaient donc le feu et l'art de la cuisson. Cette compétence technique, tout comme la maîtrise stylistique constatée dans ces oeuvres, porte à croire que l'art Nok pourrait être l'aboutissement d'une tradition artistique déjà longue. Nulle part on ne détecte de tâtonnements ou de recherches. Les caractéristiques de ce style sont déjà précises. Elles ne varieront guère.